Bonjour mon amour,

Tu en as mis du temps à revenir, tu avais raison qu’est ce qu’ils sont lents au Sénégal. Tu es enfin là, tout près de moi. Je porte tes chaussures préférées et une robe. Je sais que tu aurais préféré qu’elle soit plus décolletée mais nous sommes allés à l’église et là, je suis perchée sur une table pour lire devant cette foule d’amis, au jardin du Luxembourg.
Maintenant, il faut te dire au revoir, mais je n’ai pas envie. Je détestais raccrocher et tu me demandes de te dire adieu. Comment puis-je réaliser l’impensable ? Pourtant, hier, je suis allée te voir pour essayer. Je suis anéantie, le souffle coupé depuis ce samedi 31 Mars 22h32.

J’ai appris cette nouvelle, ce drame, cette horreur, la première. Ai-je le droit de penser que j’étais la plus importante ?

Pourquoi n’as-tu pas mis ta ceinture ? Pourquoi juste toi ? Est ce que tu joues au rugby au paradis ? Des questions j’en ai des centaines, avec ton pragmatisme qui m’agaçait autant que je l’admirais, tu me dirais « mon petit amour je suis mort et tu dois l’accepter ».

J’ai envie de vomir en t’imaginant prononcer ces mots.

Tu as 27 ans et moi 29, je ne suis pas veuve puisque tu n’as pas eu le temps de m’épouser. Je ne suis pas la mère de tes enfants puisque tu n’as pas eu le temps de m’en offrir. Mais nous désirions tout cela. On voulait même un chien, pour bien faire cliché. Rien ne nous pressait puisque nous avions la vie devant nous, enfin c’est ce que l’on croyait. Je suis si triste pour tout ce que l’on ne vivra pas.

Je cherche les mots pour hurler à quel point on s’aimait, autant que les mots pour exprimer à quel point j’ai mal. Je n’ai pas envie que l’on me dise qu’avec le temps j’irai mieux, que je dois trouver la force pour toi et les filles… Non, non, moi j’ai juste envie qu’on mange des coquillettes dans le lit, de faire 6h de vol en oubliant ma phobie de l’avion, et que tout ça ne soit qu’un terrible cauchemar.

Nous étions dans la puissance d’un amour naissant. Pas la passion, non, mais un bel un amour rationnel, sain et équilibré. On a vécu les 6 premiers mois, d’amour et d’eau fraiche. Et non, ce n’était pas une expression. Un peu dans la galère, c’était l’amour, le vrai, celui qui emporte tout sur son chemin, et n’a pas la place pour le superflu. Moi, je me sentais bien dans cet appartement dont tu avais un peu honte à Versailles. Crois-tu que c’était parce que j’étais la seule femme que tu y aies conviée ? On avait tant de projets, de rêves, et d’envie d’être deux. Tu disais que j’étais ton équilibre dans la vie, ton repère, que j’étais la seule à avoir la chance de t’entendre chaque jour et de tout savoir de toi. C’est moi qui ai eu la chance de rencontrer un homme comme toi. Tu m’as tant appris, mais j’ai si peur sans toi, si mal, mes journées sont vides.

 

Il y a des jours où tu me disais « oh que tu es chiante aujourd’hui tu as besoin de ta perfusion d’amour ». C’était vrai. Comment vais-je faire pour me passer de ça. J’ai découvert que l’on pouvait me respecter et m’aimer par les actes, plus que par les mots. Je ne suis pas tombée amoureuse des beaux restaurants, des cadeaux, je suis tombée amoureuse de toi, « juste » de TOI.

Ta gentillesse, ton oreille attentive, ton courage, ton sourire surtout ton sourire, ta patience, ta pédagogie, ton ambition, ton humour, tes phrases à la troisième personne, ton corps, ta curiosité, ta passion pour la vie, les voyages, les copains et le rugby. D’ailleurs tu n’as pas fini de m’expliquer toutes les règles, alors reviens.

Ton choix professionnel nous avait éloignés, je t’en ai voulu au début et puis, encore une fois, tu as su trouver les mots, tu avais raison la distance nous avait finalement rapprochés. De toute façon je ne pouvais pas me passer de toi. J’ai eu le temps de venir découvrir ce pays ou tu as perdu la vie. Que c’était beau, comme c’était bien. Je n’y retournerai jamais. Je savais que tu étais bien la-bas, cette réussite et ce challenge professionnel te rendait heureux, tu t’étais rapidement créé de nouvelles habitudes et repères, tu avais choisis ta salle de sport parce qu’elle avait un Kebab à coté et ça me faisait rire, une nouvelle équipe de rugby, de nouveaux copains. Ahhhh, les copains ! C’était indispensable à ton épanouissement. Parfois j’en étais même jalouse, il faut dire qu’ils sont extraordinaires, comme toi.

Tu n’arrêtais pas, tu ne voulais rien manquer, tu voulais être partout et tout le temps mais tu voulais toujours savoir si j’allais bien et ce que je faisais. Tous les moments étaient bons à prendre pour parler. Parfois, toi dans le taxi, ou pendant tes séances de sports, ou en train de faire cuire tes pâtes, ou moi en train de gérer les coloriages ou le bain des minis comme tu les appelais, on faisait comme on pouvait pour combler la distance et ne rien manquer l’un de l’autre. Nous touchions le bon bout, nos situations allaient enfin nous permettre de nous voir plus régulièrement. On se demandait si c’était mieux de faire l’amour à Madrid, ou à Lisbonne (vol direct de Dakar), et on rêvait secrètement d’une vie à quatre à Londres.

Ce samedi 31 Mars, on aurait pu se fâcher puisque tu m’avais un peu menti, et puis j’ai appliqué ce que tu m’avais appris en quelques mois, ne perdons pas de temps à nous prendre la tête pour des futilités. Grâce à cette philosophie que tu m’a transmise je n’ai aucun regret nous concernant, aucun.

Dans l’apm tu m’as écris une dernière fois : « J’aimerais bien avoir des journées de 48h pour passer 24h avec toi, tu me manques et j’aimerais être avec toi. »

J’ai eu le temps de t’envoyer un dernier je t’aime : « Je t’aime, j’ai hâte d’être avec toi dans 3 semaines. »

Ce sont nos derniers échanges, nos derniers mots, nos derniers souvenirs.

Ceux qui résonnent, les plus beaux que je pouvais t’adresser avant que l’on arrache ta vie, et que l’on t’arrache de la mienne.

Tu détestais que je pleure, vraiment tu détestais. Je vais te promettre d’essayer de sourire comme tu aimais tant, mais promets-moi de m’y aider, de là où tu es, je t’en supplie.

Je n’arrive à rien sans toi.

Ton petit bibou d’amour qui ne t’oubliera jamais.
Je t’aime

#JeNeNousOublieraiJamais #TonPetitAmour